juillet 2022

Prise de dettes

Nos cinquante ans de vie commune n’auront servi qu’à faire de nous des ennemis aux aguets, par cette lettre je veux te dire combien j’espère que ma haine pour toi me survive ; tu ne verras pas venir l’héritage tant attendu qui t’aurait métamorphosée en séduisante célibataire en lissant les traces du temps sur ton visage, ce soir mes dernières volontés sont de te laisser pour seul souvenir mes dettes, qu’elles soient aussi lourdes à supporter que ma mort sur la conscience de ma fille.

Ainsi va la vie

Surprise par ton irruption, mon regard s’est fixé sur toi avant de me laisser doucement glisser sur l’herbe ; j’ai alors senti les rayons du soleil lécher ma peau et sa douce chaleur m’envahir, je me suis lentement relâchée en fermant bientôt les yeux et j’ai posé ma main sur mon ventre brûlant en essayant de retenir la vie qui s’en échappait à mesure que mon sang se répandait ; toi mon fils que j’aimais tant, pourquoi m’avais-tu ainsi poignardée avant de t’enfuir me laissant quasiment morte ?

Traversée du désert

Tenaillée depuis le matin par la douleur, Anya comprit que le moment était venu de s’accroupir lorsqu’elle sentit la chaleur couler le long de ses jambes : La délivrance fût rapide mais une fois de plus le bébé était mort-né et elle dut l’enterrer dans le sable avant de reprendre la trace des siens, disparus sans l’attendre ; elle les rejoindrait au bivouac et se reposerait un peu avant de repartir le lendemain avec les autres Touaregs.

Opéra rupestre

Sons et ballet se mêlaient au fond de la grotte, les hommes tambourinaient avec des os sur l’orgue improvisé, diffusant des harmonies différentes selon la longueur des stalactites, tandis que les femmes chantaient et improvisaient leur chorégraphie devant les dessins rupestres animés par les flammes : Peinture, danse et musique se répondaient en écho dans cette cathédrale souterraine en honneur aux morts, Rahan décida que le moment était venu de quitter ses nouveaux amis, la vie l’appelait ailleurs.

Partenaire particulière

Arrivée à l’heure prévue, je la mis à l’aise. Un parfum pénétrant rappelant la cannelle…Son charme volatile opérait déjà. Intimidé, ne sachant comment m’y prendre, je nous installai dans le salon. Sa plastique me subjuguait tout comme sa façon de pencher la tête comme un oiseau en m’écoutant.

Une salopette pour le salut d’un salopard

Coluche, le candidat « Bleu, Blanc, merde » des abstentionnistes, ce bouffon inclassable faisant rire la France, suspect auprès des bien-pensants de tout poil, avait obtenu le pouvoir qu’il avait pourtant voulu déprécier en infusant l’idée d’un spectacle électoral transformé en comédie. Le nouveau chef des Armées était apparu devant les caméras affublé de sa tenue légendaire, à l’origine de son parti les « Salopettes rayées » et de son slogan « Votez pour les salopettes plutôt que pour des salopards ». Il avait dévoilé dans son discours ses projets à court terme : La dissolution de l’Assemblée nationale, un nouveau ministère de la pauvreté chargé de la création d’une banque alimentaire… Et l’abolition de la peine de mort. Ironie de l’histoire, je songeai que les rayures « Papillon » tendance bagnard allaient devenir caduques grâce au nouveau parti arborant le même code vestimentaire.