Natacha

Quel point commun y-a-t-il entre le design textile, le shiatsu, la médecine chinoise, les statistiques et les parachutes? Ne cherchez pas: aucun, si ce n'est que j'ai un lien étroit avec toutes ces activités! Et le rapport à l'écriture avec tout ça? allez savoir...

Le royaume des ombres (6 à 8 ans)

Notre école des ombres est spéciale. Nos parents nous y inscrivent pour qu’on soit sages comme des images… Enfin, je veux dire comme notre image ou plus exactement notre ombre. Pour qu’elle ne nous quitte jamais, il y a des projecteurs partout, dans la classe et la cour. Comme ça on peut toujours la voir, même en hiver quand la nuit tombe ou qu’il n’y a pas de soleil.

Le Choix du Roi

Louis promenait malgré lui sa solitude depuis 35 ans, comme on traîne une fatigue récalcitrante. Écrire pour la jeunesse lui évitait de côtoyer le monde des adultes dont il se sentait incompris. Juste un nom sur une couverture, ça lui convenait.
Seule Suzon le comprenait vraiment, enfant unique et solitaire comme lui. Louis et Suzon se voyaient comme les doigts de la main : Complémentaires et inséparables. Ces deux-là étaient faits pour vivre ensemble. Suzon illustrait les textes de Louis.

Ma première goulée d’air

La neige engluait les habitants et moi je me débattais aussi pour m’extirper de cette matrice qui me nourrissait depuis neuf mois et m’empêchait de sortir, je tambourinais, désespérais quand le gynécologue tant attendu arriva et dégagea enfin le passage à ce bébé épuisé devenu inerte, il le prit par les pieds et le frappa à toute volée : Claques, eau chaude puis glacée, encore et encore ; face à un tel acharnement que pouvais-je faire d’autre que lui cracher ma première goulée d’air à la figure en vagissant ?

Prise de dettes

Nos cinquante ans de vie commune n’auront servi qu’à faire de nous des ennemis aux aguets, par cette lettre je veux te dire combien j’espère que ma haine pour toi me survive ; tu ne verras pas venir l’héritage tant attendu qui t’aurait métamorphosée en séduisante célibataire en lissant les traces du temps sur ton visage, ce soir mes dernières volontés sont de te laisser pour seul souvenir mes dettes, qu’elles soient aussi lourdes à supporter que ma mort sur la conscience de ma fille.

Ainsi va la vie

Surprise par ton irruption, mon regard s’est fixé sur toi avant de me laisser doucement glisser sur l’herbe ; j’ai alors senti les rayons du soleil lécher ma peau et sa douce chaleur m’envahir, je me suis lentement relâchée en fermant bientôt les yeux et j’ai posé ma main sur mon ventre brûlant en essayant de retenir la vie qui s’en échappait à mesure que mon sang se répandait ; toi mon fils que j’aimais tant, pourquoi m’avais-tu ainsi poignardée avant de t’enfuir me laissant quasiment morte ?

Traversée du désert

Tenaillée depuis le matin par la douleur, Anya comprit que le moment était venu de s’accroupir lorsqu’elle sentit la chaleur couler le long de ses jambes : La délivrance fût rapide mais une fois de plus le bébé était mort-né et elle dut l’enterrer dans le sable avant de reprendre la trace des siens, disparus sans l’attendre ; elle les rejoindrait au bivouac et se reposerait un peu avant de repartir le lendemain avec les autres Touaregs.

Opéra rupestre

Sons et ballet se mêlaient au fond de la grotte, les hommes tambourinaient avec des os sur l’orgue improvisé, diffusant des harmonies différentes selon la longueur des stalactites, tandis que les femmes chantaient et improvisaient leur chorégraphie devant les dessins rupestres animés par les flammes : Peinture, danse et musique se répondaient en écho dans cette cathédrale souterraine en honneur aux morts, Rahan décida que le moment était venu de quitter ses nouveaux amis, la vie l’appelait ailleurs.

Partenaire particulière

Arrivée à l’heure prévue, je la mis à l’aise. Un parfum pénétrant rappelant la cannelle…Son charme volatile opérait déjà. Intimidé, ne sachant comment m’y prendre, je nous installai dans le salon. Sa plastique me subjuguait tout comme sa façon de pencher la tête comme un oiseau en m’écoutant.

Une salopette pour le salut d’un salopard

Coluche, le candidat « Bleu, Blanc, merde » des abstentionnistes, ce bouffon inclassable faisant rire la France, suspect auprès des bien-pensants de tout poil, avait obtenu le pouvoir qu’il avait pourtant voulu déprécier en infusant l’idée d’un spectacle électoral transformé en comédie. Le nouveau chef des Armées était apparu devant les caméras affublé de sa tenue légendaire, à l’origine de son parti les « Salopettes rayées » et de son slogan « Votez pour les salopettes plutôt que pour des salopards ». Il avait dévoilé dans son discours ses projets à court terme : La dissolution de l’Assemblée nationale, un nouveau ministère de la pauvreté chargé de la création d’une banque alimentaire… Et l’abolition de la peine de mort. Ironie de l’histoire, je songeai que les rayures « Papillon » tendance bagnard allaient devenir caduques grâce au nouveau parti arborant le même code vestimentaire.

Esprit de corps

La chaleur était étouffante. Abel, installé à son poste de travail me transmettait son inconfort : Température, sudation, fréquence cardiaque… J’avais droit à tout, il m’avait programmé pour ça. J’aurais préféré qu’il m’épargne ses sensations physiques, ses pensées surchargeaient assez mes modules comme ça. Le sentir suer comme une femme ménopausée ne donnait envie à aucun robot d’être humain.

À corps perdu

Je lus le compte rendu d’une audition de la voisine, une certaine Rose Dumas qui semblait bien connaître Claire Leroy. Je décidai d’aller sur place, afin de voir la maison et d’en profiter pour l’interroger à mon tour, j’avais besoin de contexte. Avant de me rendre chez la voisine avec qui j’avais rendez-vous, je fis le tour de la maison des Leroy. La propriété était immense. Grande comme un terrain de foot, on aurait pu y installer tout un lotissement. Les fouilles allaient être compliquées avec tous ces arbres : ce quartier favorisé de Nîmes avait été construit au milieu de la garrigue, dont il restait encore des zones intactes. Ici les villas étaient somptueuses, rien à voir avec mon appartement à la caserne de Toulon ! J’en profitai pour prendre des photos avant les fouilles. Assez loin de la maison, j’aperçus une cabane, en partie cachée derrière les bosquets. En me dirigeant vers elle, je vis une ombre furtive s’en échapper

Le dernier saut de piaf

Malgré le jour qui pointait, les arbres l’empêchaient d’évaluer sa position. Il connaissait bien cette falaise : Il y en avait au pied, mais également sur un éperon rocheux à mi-hauteur. À quel niveau se trouvait-il donc ? Il regarda vers le bas et distingua le sol à plusieurs mètres à travers la végétation. Mais ça ne prouvait rien. Il savait qu’on ne pourrait jamais le voir, même en hélicoptère : les arbres le masquaient. Il leva la tête et au travers des branchages, aperçut le ciel dans lequel tournoyait un vautour. L’idée qu’il puisse se repaître de sa propre chair acheva de le désespérer. Il s’égosilla tel un oisillon, mais la roche étouffait les sons étranglés qu’il s’évertuait à sortir de sa gorge râpeuse : Inaudible, invisible. Pris au piège comme un insecte dans une toile d’araignée, s’il était à mi-hauteur sur la falaise comme il le redoutait, on ne le retrouverait sans doute jamais.

Le crépuscule des dieux

Zeus commanda à Héphaïstos, le dieu du feu, des forges et des volcans, de composer sans délai une vierge ravissante et semblable aux déesses. Ce dernier se mit au travail et créa un corps parfait, à qui il donna la force et la voix. Athéna, la déesse de la guerre, lui apprit les travaux féminins, notamment l’art du tissage, et l’habilla d’une magnifique parure. Aphrodite, la déesse de l’amour, la dota d’une grâce enchanteresse et lui inspira les plus vifs désirs. Apollon, dieu de la musique, lui fit don de l’harmonie musicale. Puis tous les habitants de l’Olympe vinrent lui offrir chacun un présent pour la rendre fatale aux hommes.

Le dragon de Svalgaard

Elle allait renoncer et faire demi-tour quand elle tomba nez à nez avec un Alskärn. Elle s’efforçait de les éviter d’habitude, mais là elle ne pouvait s’échapper. Il avait de petits yeux noirs enfoncés dans les orbites sous d’épais sourcils en bataille qui lui donnaient un air malfaisant. Son ventre proéminent, retenu par une épaisse ceinture lui donnait un air de gnome. Lui aussi fut surpris de la voir, il s’arrêta net et saisit instinctivement son fouet. Il le fit claquer en direction de Linka. Elle esquiva le coup et sentit siffler la lanière juste à côté de sa chevelure. Mais le nain le maniait avec dextérité et les sifflements redoublaient, l’obligeant à danser sur place.

Montée de sève

Les sarcasmes de Marilou pointaient les premières atteintes du mal. Il fallait que je m’arrache, je décidai de me calter. Ne sachant où aller, j’errai dans les rues sans oser retourner chez moi. J’évitais comme la peste les primeurs, l’idée de revoir un chou me glaçait la sève. Eh doc… moi paranoïaque ? Impossible de taire le vacarme des voix dans ma tête, cet épouvantail finissait par me ciseler les joyaux : J’avais beau me presser le citron, je ne pigeais plus rien.

L’Ange déchu de la Pochée du Diable

Telle une amulette, un crâne de mouton défendait la porte d’entrée. Dans l’unique pièce à vivre, il ne restait plus qu’une table bancale sur laquelle reposait cette boîte en fer blanc, comme une invitation. Elle contenait juste le carnet, en attente de son nouveau titulaire, comme s’il avait l’éternité devant lui. On pouvait y voir des notes mais aussi des cartes et des dessins, confiés par les occupants successifs de la maison. Il y était question de la « Pochée du Diable » et d’un monolithe.

Ne plus jamais laisser passer notre tour

Pour toute réponse, j’aspirai ton prénom en retenant mon souffle, sans oser y croire. Ton appel si longtemps espéré était inattendu : tu m’avais retrouvée, au hasard d’une connaissance commune. En l’espace d’un instant je retrouvai mes vingt ans : ni ride, ni douleur, ni poignée d’amour. Toi mon amant clandestin, mon amour dissimulé, tenu secret… Exilé mais pas oublié après toutes ces années. Le ravissement de notre unique week-end afflua comme si nous nous étions quittés la veille : Ces trois jours passés à Porto sur des airs de Fado, à s’embrasser en godinette, rire, chuchoter, se répéter que nous étions faits l’un pour l’autre, sans rien nous promettre de peur de tout gâcher. Un amour en aparté, sans remettre en cause nos vies déjà toute tracées : c’était juste toi et moi, entre passion et interdit. Trois petites journées pour une éternité.

Le saut du secret

Els c’était autre chose ! Marcel l’avait rencontrée plus tard au club de parachute. Tel un tsunami, elle l’avait submergé : entrée comme un tourbillon dans sa vie, bouillonnante de vie, radieuse et solaire, elle l’avait envoûté dès la première minute. Il avait de suite su et ressenti dans sa chair qu’il venait de trouver sa complétude qui lui manquait jusqu’alors… Toutefois Els était mariée. Oh certes, c’était un couple moderne, chacun de son côté le week-end et les enfants chez leurs grand-parents. Mais en fin de compte, Marcel connaissait les mêmes frustrations que Babs en partageant l’amour de sa vie, lui qui aurait tant voulu connaître avec Els ces petits moments anodins qui construisent un futur commun.

Une vocation regrettable

Deux hommes aidèrent Tonio à enfiler sa combinaison épaisse et son parachute. Une fois installé dans la nacelle exiguë, ses épaules de géant coincées dans l’habitacle, il se sentit engoncé et terriblement inconfortable. Il leur fit un signe de la main pour enlever les cales sous les roues. Tonio dirigea alors l’appareil en bout de piste puis décolla. Il avait six heures de carburant devant lui. De quoi faire sa reconnaissance, prendre les photos et revenir à la base pour le déjeuner. Une mission de routine, même s’il savait qu’aucune n’était anodine, les risques étaient bien réels, on était en guerre.

La première goulée d’air

Qu’elle s’annonce prometteuse, la première goulée ! On happe l’air dès la première seconde, avec une combativité pour ainsi dire désespérée. Toute la promesse de l’évènement réside dans la juste puissance de l’inspiration qui rend la naissance parfaite. La séparation brutale, accentuée par un braillement, un hurlement, ou un cri similaire n’est que le bouleversement annonciateur d’une destinée inconnue dont on espère tout, sans le comprendre encore.